La canicule d’août 2003, avec environ 1200 morts en excès à Paris, essentiellement parmi les personnes de 75 ans ou plus, a rappelé de façon dramatique la grande vulnérabilité de cette population dans des situations de stress environnemental.
A Chicago en 1995, la vague de chaleur a été responsable de près de 700 morts en excès par rapport aux années précédentes. Là aussi, la population la plus touchée était constituée de personnes âgées, le plus souvent pauvres et isolées. La population des pays industrialisés subit actuellement la double action du vieillissement démographique et de la concentration en milieu urbain. Au milieu de XXIème siècle, trois-quarts de la population mondiale vivra dans des villes. Par ailleurs, la population vieillit et une part croissante des personnes âgées vit seule, à domicile, ce qui n’est pas sans conséquence sur la santé.
Notre étude visait à analyser l'état de santé des personnes de 75 ans et plus, vivant à domicile à Paris en fonction de leur environnement social. La population étudiée concernait les personnes de 75 ans ou plus vivant à domicile dans 10 quartiers de Paris. Ces quartiers ont été sélectionnés aléatoirement et les personnes interrogées, tirées au sort parmi les personnes de 75 ans ou plus affiliées à la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse et disposant d’une ligne de téléphone fixe (figure 1). Le questionnaire portait sur la perception de leur état de santé, leur niveau de dépendance pour les gestes de la vie quotidienne et l’environnement social de la personne. L’environnement social était mesuré par le nombre et la fréquence des contacts que la personne avait avec ses parents (enfants, frères et soeurs), ses amis proches et ses voisins et l’importance du soutien qu’elle recevait de ces personnes.

A Paris, une personne sur trois a accepté de répondre au questionnaire ; au total, 603 personnes ont été interrogées entre octobre 2005 et septembre 2006.
La moyenne d’âge était de 81 ans. L’échantillon était composé de deux tiers de femmes (62,3%, N=387) et d’un tiers d’hommes (37,7%, N=216). Près de trois quarts des femmes et un peu plus d’un quart des hommes interrogés vivaient seuls.
Au total, 37% des personnes interrogées estimaient que leur état de santé étaient « bon ou excellent » et près de 2/3 qu’il était « assez bon ou mauvais ».
Un quart des personnes n’étaient pas complètement autonomes pour les activités de la vie quotidienne (comme faire sa toilette, s'habiller et se déshabiller, aller aux toilettes, entrer et sortir de son lit, se nourrir sans difficulté) et 32% pour les activité instrumentales (gérer son argent et ses affaires personnelles sans difficulté, se rendre dans des endroits non accessibles à pieds, utiliser le téléphone, prendre ses médicaments).
Environ la moitié des personnes interrogées déclaraient avoir au moins 4 pathologies chroniques :
- Les troubles auditifs et oculaires affectaient près de la moitié des personnes.
- Près de la moitié étaient également suivies et traitées pour une hypertension artérielle et 30% pour une pathologie cardiaque, environ 9% étaient diabétiques.
- Plus de 60% étaient suivies par un médecin pour une pathologie articulaire et 37% pour des troubles de la circulation veineuse.
- Une personne sur 7 environ exprimait des symptômes dépressifs (près d’une femme sur 4 de 80 ans ou plus).
Trois quarts des personnes voyaient leurs enfants et/ou leurs amis proches au moins une fois par mois. Plus de 40% des personnes fréquentaient au moins une fois par mois un club, une organisation pour personne âgée ou un lieu de culte ou participaient à une action bénévole. Environ 60% pensaient avoir quelqu’un sur qui compter pour l’aider dans les tâches de la vie quotidienne ou pour prendre des décisions importantes.
Les personnes de 80 ans ou plus, les femmes et les personnes qui vivaient avec moins de 991 euros par mois déclaraient plus souvent avoir un mauvais état de santé que les personnes plus jeunes (entre 75 et 79 ans), les hommes et les personnes qui avaient un revenu plus élevé. Les personnes qui ne bénéficiaient d’aucun soutien social rapportaient plus souvent un mauvais état de santé. Par ailleurs, celles qui avaient des contacts fréquents avec leurs enfants, leurs frères et soeurs, d’autres parents ou leurs amis se sentaient plus fréquemment en bonne santé que ceux qui avaient peu de contacts familiaux ou amicaux. Enfin, les personnes qui déclaraient être en bonne santé étaient plus souvent proches de leurs voisins et bénéficiaient d’avantage de leur aide que celles dont la santé perçue était médiocre ou mauvaise.
Il existait jusque-là présent peu d’études françaises sur le lien entre état de santé et environnement social notamment chez les personnes âgées. Plusieurs études américaines ont montré qu’il existait un lien entre la faiblesse du réseau social et une moins bonne santé. Notre étude confirme qu’on observe des résultats similaires dans une grande métropole européenne : les personnes qui bénéficiaient d’un bon entourage familial, amical ou de voisinage déclaraient plus fréquemment être en bonne santé. Par ailleurs, ce type d’étude permettrait de fournir des éléments permettant d’établir une stratégie de réponse adaptée à la population âgée lors de la survenue d’événements sanitaires extrêmes en milieu urbain, comme la canicule.
Résultats complets de l’étude disponibles, sur demande, auprès d’Emmanuelle Cadot.
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