Le comportement des femmes vis-à-vis du dépistage organisé du cancer du sein à Paris (COFADO)

En France, le cancer du sein touche 42 000 nouvelles femmes par an et a causé en 2000 près de 12 000 décès [1]. Le dépistage organisé (DO), qui consiste à proposer une mammographie gratuite tous les 2 ans aux femmes de 50 à 74 ans, a été mis en place à Paris en 2003 par l’Association pour le dépistage des cancers (ADECA 75) ; il existe dans certains départements depuis 1989 et a été généralisé à l’ensemble du territoire en 2004, sous l’impulsion du Plan Cancer. Les femmes présentant une pathologie mammaire ou des antécédents familiaux importants ne font pas partie de la population cible du dépistage car elles nécessitent une surveillance plus rapprochée.

Ce programme de dépistage organisé présente les avantages, par rapport au dépistage individuel (prescrit par le médecin généraliste ou le gynécologue), d’être soumis à un contrôle de qualité (double incidence, double lecture en cas de cliché négatif, qui permet le dépistage de près de 7% des cancers, formation des radiologues, contrôle du matériel), et de permettre l’évaluation du dépistage en terme de réduction de la mortalité par cancer du sein et de rapport coût-efficacité.

Mais pour être efficace, le taux de participation doit être supérieur à 70% [3]. Or, seulement 47% des françaises et 26,8% des Parisiennes de 50 à 74 ans ont participé au dépistage organisé pendant la campagne 2005-2006 [4]. De plus, pour maintenir l’efficacité du programme dans le temps, il faut aussi bénéficier d’un taux de fidélisation satisfaisant.

Afin de répondre à ces questionnements à propos de la participation et de la fidélisation au programme de dépistage organisé, nous avons conduit une enquête spécifique auprès de la population cible du DO, les femmes de 50 à 74 ans.

Méthode

L’enquête a été réalisée parmi la population cible du dépistage organisé : les femmes de 50 à 74 ans, résidant à Paris. Des entretiens téléphoniques ont été conduits auprès de 501 femmes entre le 4 et le 8 septembre 2007. Au préalable, une petite étude pilote avait été réalisée le 30 août 2007 pour valider le questionnaire.

L’enquête a été réalisée en population générale et non à partir d’un fichier répertoriant les femmes ayant déjà eu recours au DO afin de pouvoir replacer les femmes ayant recours au dépistage organisé parmi l’ensemble des femmes et de pouvoir analyser les raisons de non participation au DO. Pour permettre la réalisation rapide de l’enquête, la méthode des quotas a été préférée à la méthode aléatoire.

Résultats

Participation au dépistage organisé

L’accès au dépistage est très bon à Paris, puisque 96,2% des femmes ont déjà réalisé au moins une mammographie dans leur vie*. Elles recourent majoritairement au dépistage individuel (57,9%), et 38,2% d’entre elles ont déjà eu recours au moins une fois au dépistage organisé.

Pratique du dépistage Effectif (n) Proportion (%)
Aucune mammographie 19 3,8
Dépistage individuel exclusif 290 57,9
Participation à 1 DO 111 22,2
Participation à 2 DO 80 16,
Ne sait pas 1 0,1
Effectif total 501 100

Tableau 1. Pratique du dépistage : répartition des femmes entre aucun dépistage, DI exclusif, DO unique ou DO répété

Cependant, si 96,2% des Parisiennes ont déjà eu recours au dépistage au moins une fois dans leur vie, cela ne suffit pas pour conclure à l’efficacité du dépistage. Pour être efficace, le dépistage doit en effet être pratiqué de manière répétée et non épisodique. La proportion de femmes à jour de leur dépistage est également très satisfaisante, avec 86,8% des Parisiennes ayant réalisé une mammographie au cours des 2 dernières années.

Les femmes qui ne bénéficient pas d’une couverture complémentaire de santé, les femmes âgées de plus de 70 ans et les fumeuses ou anciennes fumeuses sont significativement moins à jour que les autres. Les femmes ayant eu recours au DO au moins une fois dans leur vie sont significativement plus à jour que les autres (cf. Tableau 2).

    Mammographie à jour (%) Mammographie non à jour (%) Test chi²
Complémentaire santé Oui 92,6 74,2  
  Non 7,4 25,8 <0,001
Age 50-59 47 49,2  
  60-69 40,0 25,4  
  70-74 12,4 25,4 0,008
Tabagisme oui 53,1 68,3  
  non 46,9 31,7 0,02
CSP (du chef de famille) Artisans 4,6 11,1  
  Cadres 22,5 14,3  
  Prof. intermédiaires 12,2 6,3  
  Employés 12,0 14,3  
  Ouvriers 2,5 1,6  
  Retraités 43,2 42,9  
  Autres inactifs 3,0 9,5 -
Nationalité Étrangère 3,9 7,9  
  Française 96,1 92,1 -
En couple Oui 55,9 49,2  
  Non 44,1 50,8  
Type de dépistage DO 43,4 4,5  
  DI 56,6 95,5 <0,001

Tableau 2. Caractéristiques démographiques des femmes à jour (mammographie < 2 ans) et des femmes non à jour

DO et DI confondus, la pratique de dépistage du cancer du sein est bien intégrée par la population cible et le taux de couverture global nécessaire à une diminution du cancer du sein largement dépassé. Seules 3,8% des femmes n’ont jamais réalisé de mammographie ; elles viennent de milieux plus précaires.

Parmi les femmes à jour, 42,1% le sont via le dépistage organisé et 57,9% via le dépistage individuel. La participation au dépistage organisé est à ce jour inférieure à la participation au dépistage individuel, mais 63,9% des femmes interrogées déclarent avoir l’intention de recourir au DO à l’avenir.

Fidélisation au programme de dépistage organisé et adhésion aux recommandations

Le taux de fidélisation au programme de dépistage organisé ne peut se calculer que sur les femmes ayant participé à la première campagne de dépistage (2003-2004), pour lesquelles on dispose du recul nécessaire. Dans notre enquête, 61 Parisiennes ont participé à cette première campagne. Parmi elles, 45 ont réalisé une seconde mammographie dans le cadre du dépistage organisé. Le taux de fidélisation estimé par notre enquête serait de 73,8% pour la campagne 2003-2004. Ce taux est nettement supérieur à celui estimé par l’ADECA-75, qui est de 49% pour la période qui nous intéresse. L’opinion des femmes sur le dépistage organisé est globalement bonne, La gratuité est le principal point positif et la critique principale étant l’absence d’échographie gratuite associée.

La non participation au dépistage organisé et le maintien dans une pratique de dépistage individuel semble être liée, au moins en partie, à l’absence d’examens complémentaires tels que l’échographie (l’absence de la prise en charge de l’échographie est citée par près de 59% des femmes comme un aspect limitant leur participation).

Au final, il faut surtout retenir le fort taux de participation des parisiennes en regard du taux national (dépistage individuel et organisé confondu), qui est un des résultats originaux de cette enqête (aucune enquête nationale ne permettait d’évaluer la participation au dépistage du cancer du sein à Paris). Ce résultat renforce des résultats similaires obtenus à partir d’enquêtes nationales et confirme l’adoption de ce comportement de prévention par une grande majorité de femmes (seule les enquêtes déclaratives - comme la notre - permettent d’évaluer la participation au dépistage individuel et donc la participation totale).

* Ces résultats sont comparables à ceux de l’enquête OSAPIENS, réalisée fin 2006 à Paris en population générale avec un tirage au sort aléatoire. (L’étude OSAPIENS retrouvait 96,7% des femmes ayant déjà réalisé au moins une mammographie).

Bibliographie complémentaire

1. Trétarre B, G.A., Fontaine D, les membres du réseau Francim et le CépiDC Inserm, Cancer du sein chez la femme: incidence et mortalité, France 2000. BEH, 2004. n°44: p. 209-210.

2. InVS, I., Dépistage du cancer du sein: que peut-on dire aujourd'hui des bénéfices attendus? 2006.

3. Ancelle-Park, R., Implications du nouveau cahier des charges pour les indicateurs d'évaluation du dépistage organisé du cancer du sein. Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2003. 04: p. 16.

4. INVS, Taux de participation au programme du dépistage organisé du cancer du sein 2005-2006. 2007.

Résultats complets de l’étude disponibles, sur demande.

 

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